Quand vous vous baladez sur Twitter, surtout quand vous avez beaucoup d’amis sénégalais, il n’est pas rare de lire des conversations entièrement en wolof sur le réseau social. C’est ainsi que j’ai découvert Wax ( Wolof Ak Xamle ), un compte en wolof créé par Ismaila  Gueye.

jangwolof.com
Crédit: jangwolof.com

Il faisait partie de plusieurs groupes d’apprentissage du wolof sur l’application de messagerie Telegram mais la démarche de ces groupes ne lui semblait pas assez innovante. Il a donc décidé de lancer, en février 2018, son association d’apprentissage gratuite du wolof sur Whatsapp mais aussi des pages facebook, Twitter, Instagram, un compte Youtube, un site internet et un média pour la promotion de sa langue. 

« C’est une langue riche. Et quand on voit la puissance économique de la Chine, on comprend qu’aucun pays ne peut se développer sans promouvoir la langue qui est utilisée pour toutes les communications commerciales et sociales. Ce que je souhaite faire, c’est traduire le savoir en wolof d’où le nom de l’association Wax (le wolof et le savoir en wolof)» affirme Ismaila Gueye, 28 ans qui ajoute: « dans les précédents réseaux où je militais, l’apprentissage était vraiment destiné aux experts. Aujourd’hui, Wax s’adresse aussi aux débutants et aux experts. »

Pour atteindre cet objectif, les apprenants sont répartis en 8 groupes whatsapp de 257 membres ( la limite autorisée par l’application) en fonction de leurs niveaux.  A la fin du programme d’apprentissage d’une durée d’un mois par niveau, ils passent un test pour passer au niveau suivant. A la fin du parcours, plusieurs d’entre eux sont invités à prendre le relai et à former de nouveaux membres. Ils sont soutenus par leurs pairs qui peuvent répondre à leurs difficultés. Un moyen de redonner ce qu’on a gratuitement reçu.

Toute cette organisation structurée est réparti en branche. «  Ceux qui sont dans l’enseignement s’occupent de l’apprentissage, ceux qui sont dans la technologie sont en charge de nos réseaux réseaux, la branche information-communication, du média et le secrétariat qui s’occupe des nouveaux adhérents ».

Car oui, si tous les cours sont gratuits, les apprenants sont invités à adhérer à l’association pour le prix de 1000 FCFA. Ensuite, une cotisation de 500 FCFA par mois leur est demandée par un règlement bien détaillé mise en place par Ismaila Gueye, ancien étudiant en droit et ses amis. 

Pour ce dernier, « tout le monde doit s’investir dans la promotion de sa langue et ne pas forcément en attendre un intérêt pécuniaire. »

Dans cet échange téléphonique ( crise sanitaire oblige) jalonné des mots en wolof, Ismaila Gueye m’explique qu’il souhaite transmettre le savoir en wolof pour « convaincre ses compatriotes que ce n’est pas un dialecte : santé, philosophie, géographie peuvent se transmettre en wolof. »

Pour cela, il collabore aussi bénévolement avec Wikipedia et Google dont il a déjà enrichi le moteur de recherche de près de 12000 mots en wolof.

« On pense que si on enrichit de façon importante Google, le moteur de recherche aura besoin de nous dans quelques années et là on pourra être rémunéré. En réalité, Google n’a pas besoin du wolof, mais les Sénégalais ont besoin du géant numérique afin de permettre à tous ceux qui ne parlent pas les langues dominantes d’accéder à l’information. On ne travaille pas gratuitement pour Google, on travaille gratuitement pour nos langues. Nous sommes les bailleurs de fonds pour nos langues. Personne n’aura plus besoin de comprendre le français pour aller sur Google ou créer un compte gmail. » explique t-il.

En effet, au Nigéria, un pays avec 526 langues vivantes, ce qui en fait 7,4% des langues vivantes au monde, et avec 93 millions d’internautes, le moteur de recherche populaire Google n’est disponible qu’en 5 langues nigérianes, dont l’anglais. 

« Google dit qu’internet est mondial mais elle ne l’est pas vraiment ni dans le contenu ou contenant.  Faciliter les recherches dans les langues permet aux gens qui ne parlent pas les langues d’accéder au numérique. Il faut  mutualiser les forces pour cela. Notre mission est de faire en sorte que l’Afrique rayonne. Si l’Afrique rayonne, le Sénégal va rayonner. Le contraire ne serait pas possible . » conclut Ismaila . 

Quand j’ai contacté Ismaila Gueye sur Twitter pour comprendre son projet, il m’a répondu en wolof en prenant le soin de me traduire ses messages. «  Une langue, elle doit être parlée sinon elle meurt. Quand je vais chercher mon fils à la crêche, je parle le wolof. Le contraire serait tomber dans la facilité. Alors que cela permet de nous faire remarquer et respecter. » justifie t-il.

Le contexte est sans doute plus facile, 95% des Sénégalais parlent wolof contrairement à d’autres pays en Afrique francophone où cohabitent plusieurs langues locales.Mais tout ceci n’est pas si simple.

 « On  manque de moyens financiers mais on ne se plaint pas, on ne veut pas d’aide d’ONG car en wolof il y a un proverbe qui dit celui qui te prête ses yeux t’oblige à regarder dans son sens. La deuxième difficulté c’est une indifférence de l’état. Mais ça va changer, certains hommes politiques commencent déjà à parler le wolof pendant les meetings électorales. »

L’association Wax compte poursuivre la traduction de textes importants, des classiques de la littérature africaine par exemple, intensifier les partenariats et s’intéresse tout particulièrement au Swahili, première langue africaine, pour faciliter les échanges entre Africains.

«Aussi délicieuse que soit la langue d’autrui, tu n’en connaitras pas le goût» – WAX

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