Promotion des langues locales en Afrique: cas du Kirundi au Burundi

POUR LA PROMOTION DES LANGUES LOCALES EN AFRIQUE: CAS DU KIRUNDI AU BURUNDI
Prof. Constantin NTIRANYIBAGIRA et Prof. Clément BIGIRIMANA
Université du Burundi

En Afrique, les langues locales sont relativement déconsidérées au profit de celles internationales qui sont généralement héritées de la colonisation. Dans le cas d’espèce, le Burundi ne fait pas exception, même si les choses commencent actuellement à bouger dans le sens de rectifier le tir. Le Burundi est un petit pays avec une superficie de 27.834 km2. Cependant, il a une population estimée actuellement à 12 millions partageant majoritairement une même langue : le kirundi. En plus de cette langue, le Burundi compte trois autres principales langues, à savoir le kiswahili, le français et l’anglais. Sur le plan fonctionnel, la loi de 2014 portant statut des langues au Burundi accorde au kirundi et au français le statut de langues d’enseignement et de langues enseignées, tandis que l’anglais et le kiswahili sont des langues enseignées. Au niveau de la Communauté Est-Africaine, l’anglais est érigé en langue officielle et le kiswahili hérite le statut de langue de communication régionale. Ainsi, l’on peut affirmer que l’univers linguistique burundais est caractérisé par un multilinguisme à la fois social et officiel. Mais quelle est réellement la place ou le rôle du kirundi dans ce paysage linguistique? Quelles actions ont-elles déjà été accomplies pour la promotion de cette langue ?

Le kirundi, une langue multifonctionnelle non encore considérée à juste titre

Le kirundi est une langue Bantu synthétique appartenant au Groupe D. 62 de la Zone Centrale. En plus d’être la première langue officielle, cette langue remplit également les fonctions de nationale et de langue première (maternelle) pour la majorité de Burundais. Vu ce caractère multifonctionnel du kirundi, il devrait occuper le haut du pavé par rapport à son poids socioprofessionnel ; ce qui n’est malheureusement pas le cas. Ce propos se base sur le fait qu’aucune langue ne peut être considérée d’emblée comme supérieure aux autres. Seuls diffèrent le degré et les sphères d’utilisation qui, eux aussi, se fondent dans la plupart des cas sur des critères largement subjectifs (Boyer, 2004)

L’Académie Rundi, une lueur d’espoir

Avec une équipe de 15 Académiciens Rundi (Personnalités reconnues pour leurs compétences, leur expérience et leur engagement dans la promotion de la langue et de la culture rundi), l’Académie Rundi pourra contribuer à la promotion du kirundi si ses missions sont réellement remplies. Cet organe est chargé d’assurer la promotion de la recherche sur la langue et la culture rundi, en collaboration avec les institutions de formation et de recherche ; de promouvoir et créer des œuvres linguistiques, littéraires, artistiques et culturelles rundi ; de participer à la codification des normes et valeurs de la langue et de la culture rundi ; de promouvoir la recherche toponymique et la nomenclature rundi ; d’authentifier les traductions en kirundi des textes ou documents en langues étrangères ; d’appuyer et valider les programmes d’enseignement de la langue rundi ; de promouvoir le kirundi comme langue d’enseignement ; de créer et valider les terminologies importées d’autres langues; de créer et mettre à jours régulièrement un dictionnaire kirundi de référence ; et de promouvoir l’écriture et la lecture du kirundi. Pour réussir ses missions, l’Académie Rundi est dotée de deux organes à savoir : Le Conseil Académique de l’Académie Rundi, qui en est l’organe suprême (celui-ci est composé d’experts dans le domaine de la langue et de la culture rundi) et le Secrétariat Exécutif Permanent de l’Académie Rundi.

Le kirundi et les TIC

Avec les TIC, les langues en général et le kirundi en particulier font face à des problèmes terminologiques majeurs. Pour le kirundi, l’usage des termes en rapport avec les TIC souffre essentiellement de trois (3) obstacles majeurs, à savoir la traduction de l’existant, la création de nouveaux mots sans devoir recourir aux divers emprunts et l’insécurité linguistique que subissent les kirundiphones.
Pour la traduction des termes qui existent déjà en anglais et en français, l’aspect structural des langues concernées pose un problème important. En effet, l’anglais et le français étant des langues analytiques, il est extrêmement difficile de traduire lesdits termes en kirundi (langue synthétique ou agglutinante). Un mot en anglais ou en français peut équivaloir à deux ou plusieurs mots kirundi ou vice-versa. Les quelques exemples suivants, tirés du référentiel des expressions numériques en langues africaines, illustrent ce propos :

  • Identifiant (1 mot): karaangamuuntu (2 mots) ;
  • Statistiques (1 mot): ibiháruuro fátiro (2 mots) ;
  • Nous contacter (2 mots) : twandikire (1 mot) ;
  • Page d’accueil (3 mots): ishikiro (1 mot).
    L’autre obstacle important à surmonter découle du caractère récent de la tradition numérique au Burundi. Le kirundi dispose en effet de très peu de termes qui renvoient aux TIC, ce qui fait qu’on doit souvent recourir aux emprunts divers ou à des néologismes approximatifs qui n’équivalent pas parfaitement aux termes « originaux ». Ainsi, les termes créés ne sont pas réellement utilisés par les usagers de la langue parce que non parfaitement adéquats pour représenter les référents/réalités en question.
  • Ordinateur (Inyábwoónko : outil avec un cerveau) ;
    ►Le disque dur équivaut-il à un cerveau ?
  • Internet (Ingurukanabumenyi : outil « volant » qui répand les connaissances) ;
    ►Pourtant, l’internet ne vole pas et ne répand pas que des connaissances.
  • Unité centrale (igitwé c’íimáshiíni : la « grosse » tête de la machine).
    ►L’unité centrale est-ce une tête ?

En définitive, l’insécurité linguistique des kirundiphones peut notamment expliquer la situation mentionnée (Bigirimana, 2017 ; Ntiranyibagira, 2017). En effet, l’ « infériorité » socioprofessionnelle du kirundi par rapport à l’anglais et au français (variétés hautes) est justifiée à certains égards par le « rejet » du premier sur base des représentations des locuteurs. En plus, le recours aux emprunts par les kirundiphones en lieu et place des néologismes (quand ils existent !) n’est pas étranger à ces préjugés que véhiculent les usagers des différentes langues en présence. Mais, il y a lieu d’espérer une évolution positive du statut du kirundi. En effet, suite à l’exécution des missions assignées à l’Académie Rundi, cette langue gagnera en visibilité, en standardisation et en promotion. Également, avec le concours de certains partenaires, dont IDEMI-Africa, l’on peut espérer un lendemain meilleur non seulement pour le kirundi mais aussi pour d’autres langues africaines qui ont relativement raté le train des nouvelles technologies.

Tribune des Prof. Constantin NTIRANYIBAGIRA et Prof. Clément BIGIRIMANA de l’Université du Burundi

N’oubliez pas, notre série de 4 ateliers d’écriture en ligne continue. La prochaine session aura lieu le 26 Novembre 2021 à 11h GMT. Réservez votre place en cliquant ici: ou en remplissant le formulaire ci-dessous.

À chaque atelier, une initiative sera toujours mise en avant.

Visuel des 4 ateliers d'écriture de septembre à décembre 2021
série de 4 ateliers prévue entre septembre et Décembre 2021. Tous les derniers vendredis du mois à partir du 24 septembre 2021 à 11h GMT

Compte rendu de la 1ère session de la série des 4 ateliers d’écriture en langues Africaines

Comment dit- on dit « Clic » dans votre langue africaine?

Oui, c’est un peu compliqué, donc on passe au mot suivant.

Barre d’administration, Administrateur ou encore module?

Bon, on y va pour un mot plus facile, enfin j’espère.

Comment dit-on  « archive »? ou « commenter », ou “Obsolète”…

Bref, vous l’aurez compris, nous avons eu un atelier intense et des plus dynamiques. 

La première session de la série de quatre ateliers d’écriture en langues africaines initiée par Idemi Africa en collaboration avec quelques partenaires a effectivement eu lieu ce 24 septembre 2021 à 11h GMT comme prévu.

Lire la suite « Compte rendu de la 1ère session de la série des 4 ateliers d’écriture en langues Africaines »

Sondage pour les ateliers d’écriture de Idemiafrica

Le collectif Idemi Africa en collaboration avec Le Chapitre Benin de l’Internet Society (ISOC BENIN), la communauté Wikimédiens du Bénin User Group, le Blolab et le collectif Dokaanou initient une une série de 4 ateliers d’écriture.
Après la première session de ce 24 septembre 2021, nous voudrons mieux cerner votre disponibilité et vos attentes afin de mieux vous servir.
Merci de nous aider en répondant à ce mini sondage.

Merci pour votre aimable contribution

Compte rendu de la participation de Idemi Africa au Contribuling 2021

90 minutes, tel un match de football, c’est le temps consenti ce jeudi 03 Juin 2021 par un groupe de volontaires pour traduire quelques expressions du numérique en langues africaines sur internet. C’était à l’atelier du collectif IdemiAfrica dans le cadre #ContribuLing 2021. Ensemble, nous avons réalisé plus d’une centaine de nouvelles contributions dans le référentiel des mots ou expressions du numérique. Il s’agit du Duala, Fongbé, Kabyè, Kirundi, Lingala, Mina, Pular, Swahili et Yoruba. Ces langues peuvent être compléter selon le profil des participants.

Revivez ici la rediffusion de l’atelier collaboratif d’écriture en langues africaines sur internet de IdemiAfrica dans le cadre de ContribuLing 2021.

[Replay]

Replay atelier de Idemi Africa au Contribuling 2021

Vous y avez été nombreux et C’est l’occasion pour le collectif IdemiAfrica de remercier sincèrement tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, y ont participé en particulier les organisateurs, partenaires, contributeurs et participants pour cette excellente opportunité.
Le référentiel des expressions du numériques en langues africaines est disponible sur notre site web https://idemi.africa/ateliers et les contributions sont toujours ouvertes.

Pour rappel, #ContribuLing 2021, co-organisé par INALCO, Wikimedia France , Wikimedia Maroc , BULAC , UQAM et association Amériques a eu lieu les 3 et 4 juin 2021 (entièrement en ligne) et a proposé des sessions de présentations et/ou d’ateliers à propos des plateformes contributives. Les détails sur l’événement peuvent être consulter sur la page https://meta.wikimedia.org/wiki/ContribuLing/fr

Visuel IdemiAfrica - Contribuling 2021

Les échanges ont commencé par la présentation du collectif Idemi, ses objectifs et le contexte de l’atelier par Sinatou.
Bill Fabroni nous a justifié son choix du Fongbé parmi la soixantaine de langues locales que compte le Bénin. Aussi, il a présenté l’univers #Iamyourclounon (lien drive) et le clavier des langues Béninoises et Africaines qui est utilisé comme support d’écriture.
Ensuite, place à la pratique de l’écriture en langues en traduisant les mots ou expressions du numérique présent dans le référentiel dans les langues africaines disponible.

Que ça soit la (re)découverte du clavier keyman et des polices de caractère de la SIL qu’on peut aussi utiliser pour écrire en langues africaines sur ordinateur ou de l’alphabet adlam (merci Mola KONGO et Elvis MBONING); ce fut de riches moments de partage et d’échange sur les outils et ressources disponible pour l’exercice.

Le savez-vous?

Il existe au Togo deux académies nationales des langues mises en place par l’état depuis les années 1975: Le #Kabyè et le #Ewé.

Ces langues, jusqu’à un passé récent, étaient enseignées dès le primaire jusqu’en 6è voir même au collège.

Mawulolo Roger LASMOTHEY

En tout cas, si l’aventure de l’écriture en langues africaines sur internet vous tente, le prochain atelier aura lieu le vendredi 24 Septembre 2021 à11h GMT. Réservez votre place via le formulaire ci-dessous

4 ateliers pour finir 2021 en beauté.

Tous les derniers vendredi du mois.

Prochain RDV 24 Sept 2021

Fabroni Bill YOCLOUNON, Concepteur de IamYourClounon

Compte rendu accompagnement IdemiAfrica-IamYourClounon

En 2021, Idemi Africa a décidé d’accompagner celles et ceux qui mènent des projets afin de faire de l’espace numérique, un environnement inclusif et linguistiquement pluriel. Ci-dessous le témoignage de notre premier porteur de projet.

Hello,

Je suis Fabroni Bill YOCLOUNON, Concepteur de IamYourClounon, une plateforme créée depuis 2018 qui fait la promotion des langues béninoises en l’occurrence le Fongbé, langue la plus parlée au Bénin.

Dans la démarche d’optimiser mes différentes activités et améliorer ce que je produis comme contenus et impacter plus de monde, j’ai demandé volontairement un accompagnement à Idemi Africa à travers Sinatou SAKA.
Je pensais que cet accompagnement serait un simple échange sur les défis que je rencontre dans le cadre de mon projet. Mais tout a été au-delà de mes attentes grâce au programme très alléchant que m’a proposé Sinatou.
Mes difficultés au départ

La première difficulté est liée à la gestion de la plateforme ainsi que de l’équipe avec laquelle je travaille.

La deuxième difficulté est relative à la définition des objectifs à atteindre ainsi que de la stratégie à mettre en œuvre.

La troisième difficulté est celle de l’adaptation de mes contenus à ma cible.

Grâce à l’accompagnement IDEMIAFRICA

Avant le début des séances d’accompagnement proprement dites, Sinatou et moi avions fait un audit général de :
● mes besoins,
● mes souhaits,
● mes atouts,
● mes expériences et compétences,
● mes réalisations avec IamYourClounon,
● projets ou contenus à améliorer,
● objectifs à atteindre à court, moyen et long terme.

Sinatou et moi avions retenu la plateforme JITSI pour nos séances visio. Trois séances en mars et deux en février ont permis de réaliser un diagnostic de la situation. Sinatou Saka a fait preuve de grande écoute et a proposé des solutions qui semblaient répondre à mes objectifs.

Dans une séance, nous avions discuté de mes projets à court terme. Il s’agissait essentiellement des modifications que je voulais apporter à certaines des applications IamYourClounon telles que les « stickers en fongbé ». Il s’agissait de répondre à la question si cela était opportun. Si oui à quel moment ? Dans quel format ? Sur quelle plate-forme ? Dans quel design.
● Dans une autre séance, Sinatou m’a présenté l’expérience d’une plateforme béninoise qui avait réussi à monétiser ses prestations. Cette présentation venait en réponse à ma difficulté de pouvoir monétiser #IamYourClounon, un projet communautaire qui se veut néanmoins indépendant afin de subventionner ses propres créations. Cette même séance a permis de définir mes objectifs quantitatifs et qualitatifs auxquels je me réfère désormais.
● Une autre séance a servi surtout à nous pencher sur les canaux de communication et de diffusion de mes contenus auprès des cibles. Sinatou m’a proposé à ce niveau sur la base des différentes statistiques (insights) que j’avais sur mon réseau favori d’adapter les contenus. Pour ce faire, elle m’a fourni de la documentation adéquate pour optimiser mes diffusions.

Bien d’autres aspects ont été abordés au cours de nos différentes séances. Sinatou n’a pas manqué de m’envoyer à la fin de chaque séance des résumés ou des abstracts de nos échanges.

Retombées de l’accompagnement

Ces différents échanges m’ont véritablement construit un tunnel pour faire passer mes initiatives et mon projet en général.

  1. Les fiches techniques de nos échanges constituent des références qui me guident. Je les consulte pour poursuivre mes activités,
  2. J’ai peaufiné mes objectifs à court, moyen et long terme. Pour éviter de m’embrouiller dans les projets au même moment, je programme désormais tout sur un agenda optimal et renvoie tout ce qui n’est pas urgent sur d’autres échéances.
  3. J’ai amélioré mes contenus à travers la tonalité des messages, les formats, la fréquence. Mes nouvelles statistiques sont constantes globalement et m’encouragent à continuer sur cette lancée.
  4. J’ai lancé la mise en place d’une newsletter qui me servira très bientôt. Elle est à sa phase de collecte de données,
  5. Je discute plus avec mon équipe, elle est plus impliquée à toutes les phases de création et de diffusion.
  6. J’analyse beaucoup plus l’urgence des situations avant de me décider.
  7. Je crée une valeur ajoutée qui bénéficie à ma personne par ricochet.

Cet accompagnement d’Idemi Africa m’a aidé à consolider mes acquis et à créer d’autres champs d’atouts à acquérir. Je reste reconnaissant envers la « dada » (« grande sœur » en fongbe du Bénin et mina du Togo) Sinatou SAKA pour sa simplicité et son esprit de partage. Je continue de rester attentif pour analyser les comportements des cibles, des bénéficiaires, des chiffres et des statistiques.

Vivement une seconde saison d’accompagnement

IamYourClounon, Xɔntɔn towé

Si vous pensez que votre projet correspond à nos valeurs et vous souhaitez être accompagné , contactez nous

#IdemiAfrica #Malanguecompte

Fabroni Bill Yoclounon(iamYourclounon)
Journaliste-Communicant / IamYourClounon

Écrivain, Concepteur de IamYourClounon pour la promotion du Clavier des Langues Béninoises, des Citations en fongbé, des stickers en fongbé, des panégyriques claniques.

« Sur Internet, nous devons affronter le privilège des langues dominantes » Gerald Roche

Gerald Roche est anthropologue et chercheur principal à l’Université de La Trobe, et auparavant à l’Institut asiatique de l’Université de Melbourne. Ses recherches portent sur les politiques de mise en danger et de revitalisation des langues, avec un accent régional sur le Tibet. Il a récemment co-édité le Routledge Handbook of Language Revitalization. Son projet de recherche actuel porte sur la politique ethnique et la diversité linguistique dans les régions tibétaines de Chine. L’étude examine la situation sociolinguistique de la population de Rebgong, une région multiethnique et multilingue du plateau du nord-est du Tibet où les Monguor constituent une minorité linguistique.

Que pensez-vous de la situation des langues minorisées sur internet ?

Je pense que le grand problème pour les langues dans les espaces numériques est que les politiques du monde réel ont tendance à se reproduire dans l’espace digital: le même déséquilibre des ressources, les mêmes hiérarchies de respect et de valeur, les mêmes stéréotypes et préjugés.

Ainsi, par exemple, Internet est toujours un environnement dominé par le texte, et il y a cette idée que pour que les langues soient présentes sur Internet, elles doivent être réduites au texte — même s’il existe d’énormes possibilités d’avoir une présence en ligne dynamique. Lorsque des langues minorisées pénètrent l’espace numérique, elles sont souvent soumises aux mêmes normes de présentation que des langues bien mieux dotées en ressources. Ainsi, par exemple, lorsque le COVID-19 a commencé à se répandre en Chine, le gouvernement ne fournissait pas d’informations dans les langues locales. Les communautés ont elles-mêmes entrepris le travail de traduction et produit des vidéos expliquant des informations vitales sur la santé publique dans les langues locales. Mais certaines personnes dans ces communautés ont réagi en disant que les vidéos n’étaient « pas professionnelles ». Même lorsqu’ils obtenaient des informations vitales dans leur langue, les gens jugeaient toujours nécessaire de juger le contenu en fonction des normes établies par des langues bien mieux dotées en ressources.

Pourquoi la diversité linguistique est-elle importante sur Internet?

Mon approche est de me concentrer sur les gens qui parlent ces langues plutôt que sur les langues elles-mêmes. Je pense que la langue est une question de justice sociale. Donc, ce n’est pas seulement que la diversité linguistique est négligée sur Internet, il est important de dire que l’Internet doit être un espace ouvert où tout le monde peut participer de manière égale. Il devrait être un espace où les gens ne subissent pas de discrimination. Mon objectif n’est pas de promouvoir la diversité linguistique pour elle-même mais de réduire la discrimination et d’accroître l’égalité fondamentale pour que ceux qui parlent les langues minorisées soient également entendus.

Comment la langue affecte-t-elle notre expérience Web?

Deux choses sont importantes ici. Premièrement, la langue peut créer des «bulles de représentation». Par exemple, je faisais des recherches sur Internet en tibétain. Les questions qui sont discutées, la façon dont les choses sont représentées, etc., sont totalement différentes des questions liées au Tibet sur Internet en anglais. Et deuxièmement, les mouvements politiques ont tendance à voyager à travers la langue dans les hiérarchies de pouvoir. Ainsi, par exemple, des communautés linguistiques plus petites et plus démunies sont susceptibles de connaître des luttes politiques plus vastes, mais pas l’inverse. Et cette inégalité dans la popularité des mouvements politiques est produite par les mêmes mécanismes qui produisent les inégalités politiques. Cela signifie que les «puissances» de l’analyse et de la production de théories ont tendance à produire des idées qui ont une pertinence limitée pour des luttes plus petites et des communautés plus localisées.

Je pense qu’à certains égards, nous pouvons penser que la «construction d’Internet» reproduit les mêmes problèmes qui se sont posés lors de la construction du système mondial d’États-nations, liés entre eux par le capitalisme mondial. Il a des dimensions à la fois locales et mondiales — il établit des hiérarchies au sein des États et entre eux. Et dans les deux cas, il y a des gens qui sont plus ou moins opprimés par ce processus. Comme Fanon a parlé des damnés de la terre, je pense que nous pouvons aussi penser aux « damnés d’Internet» …

Que proposez-vous ?

Par exemple, en Australie, j’aimerais voir tous les jours des sites d’actualités nationales ayant du contenu dans les langues autochtones en première page. Je pense que ce serait un excellent moyen de rappeler aux locuteurs de langues dominantes, qui en Australie sont souvent monolingues, l’existence d’autres langues … rappelant ainsi aux gens qu’il y a une différence, et donc une hiérarchie et des inégalités importantes. Mais en général, je pense que nous devons affronter le privilège des langues dominantes. Nous pensons souvent que l’activisme numérique pour les langues opprimées concerne l’autonomisation et l’inclusion — plus de plateformes, plus d’outils, plus de voix, etc. Et c’est bien. Mais ils ne suffisent pas si nous ne confrontons pas la domination injuste des autres langues. Si nous ne faisons que donner du pouvoir, nous invitons essentiellement les personnes et les communautés dans un environnement hostile. Cet environnement doit changer.

Cet article a été rédigé dans le cadre de la bourse pour les médias décerné par Paradigm Hq, une organisation qui milite pour les droits numériques en Afrique.

Entretien avec Idemi – Fabroni Bill YOCLOUNON et le clavier des langues béninoises

Internet est appelé à être un espace ouvert et multiculturel. Cependant, 80% des contenus existants sur internet sont dans 10 langues occidentales. Il y a donc un enjeu à produire des volumes importants de données dans les langues africaines pour rendre le web plus inclusif. Malheureusement, l’écriture de ces langues a souvent constitué une barrière. Pour répondre à ce problème, Fabroni Bill YOCLOUNON et ses amis ont lancé le 15 août dernier, un clavier des langues béninoises comme le Fongbé (3 millions de locuteurs natifs) et le Yoruba (30 millions de locuteurs). Selon le chercheur Don Osborn, spécialiste des langues africaines en ligne, « c’est un pas supplémentaire dans la visibilité de ces langues sur l’espace numérique ». Ce clavier permet d’envoyer des emails, des tweets ou encore d’écrire des articles de blog dans des langues béninoises. Nous avons discuté avec son fondateur.

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Bonaventure Dossou et Chris Emezue

Le projet FFR et les recherches en Intelligence Artificielle (IA) en Afrique

«African intellectuals must do for their languages and cultures what all other intellectuals in history have done for theirs.»
Cette déclaration de l’écrivain Kenyan Ngugi wa Thiong’o est à l’origine de nos recherches sur le NLP Africain (Traitement du Langage Naturel en Langues Africaines), très peu exploré aujourd’hui mais largement promue par des organisations en ligne comme Masakhane, Deep Learning Indaba, BlackinAI, AI4Development-Africa pour faire face aux défis comme les ressources limitées, la faible découvrabilité et la faible reproductibilité des langues africaines. Le traitement du langage naturel est une branche de l’IA qui permet de comprendre les subtilités du langage humain avec l’aide des ordinateurs.

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«Aussi délicieuse que soit la langue d’autrui, tu n’en connaitras pas le goût» – WAX

Quand vous vous baladez sur Twitter, surtout quand vous avez beaucoup d’amis sénégalais, il n’est pas rare de lire des conversations entièrement en wolof sur le réseau social. C’est ainsi que j’ai découvert Wax ( Wolof Ak Xamle ), un compte en wolof créé par Ismaila  Gueye.

jangwolof.com
Crédit: jangwolof.com

Il faisait partie de plusieurs groupes d’apprentissage du wolof sur l’application de messagerie Telegram mais la démarche de ces groupes ne lui semblait pas assez innovante. Il a donc décidé de lancer, en février 2018, son association d’apprentissage gratuite du wolof sur Whatsapp mais aussi des pages facebook, Twitter, Instagram, un compte Youtube, un site internet et un média pour la promotion de sa langue. 

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