Internet est appelé à être un espace ouvert et multiculturel. Cependant, 80% des contenus existants sur internet sont dans 10 langues occidentales. Il y a donc un enjeu à produire des volumes importants de données dans les langues africaines pour rendre le web plus inclusif. Malheureusement, l’écriture de ces langues a souvent constitué une barrière. Pour répondre à ce problème, Fabroni Bill YOCLOUNON et ses amis ont lancé le 15 août dernier, un clavier des langues béninoises comme le Fongbé (3 millions de locuteurs natifs) et le Yoruba (30 millions de locuteurs). Selon le chercheur Don Osborn, spécialiste des langues africaines en ligne, « c’est un pas supplémentaire dans la visibilité de ces langues sur l’espace numérique ». Ce clavier permet d’envoyer des emails, des tweets ou encore d’écrire des articles de blog dans des langues béninoises. Nous avons discuté avec son fondateur.

Pourquoi avoir lancé un clavier en langues africaines ?

L’idée de création d’un clavier numérique pour les langues béninoises vient du fait que l’alphabet des langues africaines en général et celles béninoises en particulier n’est pas pris en compte dans les claviers Google ou ceux que nous utilisons d’habitude sur nos smartphones. Il existe certains caractères spéciaux, accents et diacritiques qui font toute la particularité des langues africaines.
Tout comme on ne peut pas écrire le chinois ni l’arabe avec un clavier français/anglais, on ne peut pas non mieux écrire les langues africaines et béninoises avec les claviers existant jusqu’ici. C’est pour permettre aux Béninois d’écrire dans leurs langues avec l’alphabet de celles-ci que nous avons créé ce clavier.
Aussi l’existence d’un tel clavier permettra de mieux référencer les langues locales béninoises sur Internet, dans le domaine numérique en général.

Comment avez-vous travaillé dessus ?

Avant de nous lancer dans cette réalisation, nous avons pris le temps de répertorier les travaux qui étaient faits en matière de clavier local propre aux langues africaines. L’un d’eux nous a inspiré essentiellement et nous a amené à corriger les imperfections et à combler les insuffisances. Avec mon équipe (Aude Marcel Codjia, Fulberto TCHIAKPE) j’ai défini comment fonctionnera le Clavier pour que tous les utilisateurs l’adoptent. Pour ce faire, nous avions pris en compte tous les diacritiques et caractères spéciaux de toutes les langues béninoises en particulier et de quelques langues africaines. Par ailleurs, avant d’être un clavier doté de particularités, il est un clavier basique (AZERTY/QWERTY) parce que les langues africaines en général et celles béninoises en particulier utilisent l’alphabet latin en plus de leurs diacritiques spéciaux.

Les challenges dans la conception d’un tel outil ?

Le grand challenge dans la conception était de faire adopter le Clavier au public. Il fallait donc le rendre fluide, simple d’utilisation, complet et surtout à la hauteur des autres claviers existants. Et ce challenge, nous l’avons relevé. Le Clavier vous permet non seulement d’écrire facilement en langues locales béninoises et africaines, mais aussi en Français, Anglais et toute langue étrangère utilisant l’alphabet latin. Il dispose aussi des émojis comme les claviers qu’on utilisait. Il dispose d’une touche micro pour la saisie vocale Google. Il dispose d’un système de saisie prédictive et de thèmes différents pour la personnalisation. En substance, c’est un Clavier simple à utiliser et complet.

Comment le faire adopter par le plus grand nombre ?

Nous sommes dans la phase de communication active pour que les Béninois découvrent l’application disponible pour le moment pour les téléphones Android. La prochaine étape sera de le rendre accessible aux utilisateurs de Apple Store. Nous n’avons pas les moyens pour le moment parce que nous évoluons sur fonds propres et notre travail est utilisé gratuitement par les populations. Nous avons donc besoin de soutien technique pour communiquer autour de l’application.

Qu’est-ce que ça pourrait changer dans la présence des langues africaines en ligne ?

Ce clavier vient déjà aider les Béninois et africains à s’intéresser davantage à l’alphabet de leurs langues. Ils auront plus de facilité à écrire dans leurs langues avec les caractères qu’il faut même si cela nécessiterait un travail d’alphabétisation locale pour quelques-uns. Ensuite, cela motiverait plusieurs personnes à créer des contenus en ligne en dépassant la barrière du clavier adéquat. Enfin et c’est le plus important, ce clavier aidera les professionnels et ceux qui le désirent, à écrire, référencer, mettre à jour directement leurs différents travaux en ligne dans la langue qu’ils veulent. Je veux citer Bonaventure DOSSOU (edAI), Ricardo AHOUANVLAME (Robot Fon) qui utilisent désormais ce clavier pour travailler plus facilement sur leurs contenus en fongbé, langue locale la plus parlée au Bénin.

Comment l’utiliser et où le trouver ?

Il faut se rendre sur Google Play Store et taper CLAVIER DES LANGUES BENINOISES ou IamYourClounon pour le télécharger. Vous pourriez aussi le télécharger directement en cliquant sur ce lien https://bit.ly/clavierdeslanguesbeninoises. Il s’utilise comme tout clavier disponible sur nos smartphones. Le lien du tutoriel d’activation et d’utilisation se trouve en suivant ce lien: https://youtu.be/mnK3MRVsn9w

Cet article a été écrit dans le cadre de la bourse média de l’organisation pour les droits numériques en Afrique Paradigm Hq.

Entretien avec Idemi – Fabroni Bill YOCLOUNON et le clavier des langues béninoises

Vous pourrez aussi aimer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.